Les beautés menacées de Romain Slocombe

Romain Slocombe est photographe, écrivain, cinéaste. Scénariste de bande-dessinée aussi, et peintre. Ses livres parlent du Japon et de son histoire moderne, les yakuzas, la secte Aum. Ses photos, elles, montrent des femmes entravées, platrêes, prothéisées. A l’occasion de l’Exposition-rétrospective que lui consacre la librairie-galerie Le Monte-en-l’air, à Paris, nous lui avons demandé de nous parler de son travail, son « art médical ».

NEON Magazine : Romain Slocombe et le Japon, c’est une histoire qui commence quand ?
Romain Slocombe : Quand j’étais petit, mon père, architecte, avait un collègue japonais, M. Machida, qui m’a appris à manger avec des baguettes dans un restaurant japonais. Ce monsieur venait à la maison avec des cadeaux enveloppés dans un furoshiki, il était très gentil et courtois, et m’a donné une très bonne impression du Japon… Ensuite, je me suis intéressé aux estampes japonaises, et au cinéma japonais. Au festival d’Avignon vers 1970, il y a eu une extraordinaire rétrospective de la Nouvelle vague nippone, Oshima, Yoshida, Suzuki… J’ai pensé qu’il se passait beaucoup de choses passionnantes au Japon dans la culture contemporaine. L’été 1977, j’ai effectué mon premier séjour à Tokyo, grâce à ma petite amie japonaise de l’époque, qui m’a invité là-bas.

NM : Vous exposez aujourd’hui vos modèles « médicales », ces femmes quasi nues qui exhibent les traces de leurs corps mutilés. Comment est né ce projet et quand l’avez-vous commencé ?
RS : Les rapports entre la médecine et l’art m’ont toujours intéressé, en partie à cause d’un fantasme qui remonte à mon enfance. Les corps que je représente dans mon travail pictural ou photographique sont — plus souvent que « mutilés » — enveloppés de bandages ou immobilisés par les plâtres ou les accessoires orthopédiques. C’est l’enveloppement, ou l’immobilisation, par le blanc, qui est la clé de mon univers fantasmatique. Mes premières images sur ce thème datent des années 1970, avec une bande dessinée intitulée « Prisonnière de l’Armée rouge », qui détourne ironiquement les scénarios des vieilles BD sadomaso américaines en les adaptant au Japon contemporain et au terrorisme des groupuscules maoïstes… Puis, en 1983, j’ai publié une compilation graphique, « L’Art médical », qui plus tard a d’ailleurs donné un néologisme au Japon dans les milieux underground : « Medicaru âto ».

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