Interview de Kyoichi Tsuzuki

Journaliste, photographe, critique… Kyoichi Tsuzuki est un peu tout cela à la fois. Il est aussi l’un des plus fins connaisseurs de la culture japonaise de ces 50 dernières années. Il nous a reçus fin novembre dans son atelier-bureau du quartier de Jinbocho. Interview.

NEON Magazine – Benoît : L’un comme l’autre, nous sommes arrivés pour la première fois au Japon à la fin des années 90, et nous avons découvert Tokyo Style à la même époque. En ce qui me concerne, c’est d’ailleurs un livre qui m’a donné l’envie de vivre à Tokyo.

Kyoichi Tsuzuki : Merci beaucoup.

NM – Benoît : Depuis, j’ai continué à suivre votre travail, que ce soit la série des Roadside, les livres sur le design… Vous avez sorti beaucoup de livres.

KT : Oui, c’est vrai.

NM : Votre travail est à la fois celui d’un journaliste, d’un éditeur, d’un critique…

KT : Non, non…

NM : Il peut aussi se rapprocher de celui d’un ethnologue. Vous-même, quand vous expliquez ce que vous faites, que dites-vous ?

KT : Moi, je suis éditeur. Je publie des livres, des magazines. Les livres que je voudrais publier sont nombreux, les sujets que je voudrais couvrir aussi. Mais le problème c’est que les budgets sont très limités. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai commencé à prendre des photos.  À vrai dire je n’aime pas beaucoup ça, prendre des photos. Si je pouvais trouver un bon photographe, rapide et pas cher, c’est la solution que je choisirais. Quelqu’un qui écoute ce qu’on lui dit. Mais ça aussi c’est très difficile, et de toute façon même si je pouvais travailler en équipe, à 2 ou 3, ça coûterait beaucoup trop cher
Alors qu’en travaillant seul, en prenant les photos moi-même, en écrivant les textes et aussi bien sûr en négociant tout par moi-même, il y a des quantités de sujets à faire. C’est pour ça que pour moi, prendre les photos et rédiger les textes par moi-même c’est quelque chose d’accessoire, d’utilitaire.
En fait ce que je veux, c’est faire toujours plus de sujets, de reportages.

NM : À l’origine, c’est ce que vous faisiez pour les magazines Popeye et Brutus, n’est-ce pas ?

KT : Oui en effet, je travaillais pour des magazines.

NM : Et pourtant vous avez les quittés, ces magazines.

KT : À vrai dire je travaillais seulement en free-lance, je n’ai jamais touché le moindre salaire, pas une seule fois. Alors finalement, arrêter ce travail n’a pas changé grand chose. C’est d’ailleurs pour ça que les expositions que je peux faire, ce sont pour moi comme des opérations de relations publiques.
En ce sens, quand j’expose, quand mes photos sont accrochées dans des galeries ou des musées, je ne me soucie pas que les spectateurs regardent vraiment mes photos. Par exemple, quand je prends des photos dans un musée de cire, si j’étais artiste ou photographe, je voudrais que l’on trouve mes photos belles. Mais ce n’est pas mon cas, moi ce que je veux c’est que la personne ait envie d’aller voir elle-même l’endroit que j’ai photographié.
À mon sens, c’est ce qui différencie le travail d’un artiste de celui d’un journaliste. Par exemple, si je pense au photographe et artiste Hiroshi Sugimoto. Il se trouve que nous prenons souvent en photo les mêmes endroits. Nous nous connaissons et sommes même bons amis. Mais ces photos à lui ont 10.000 fois plus de valeur que les miennes. En même temps, personne n’aurait l’envie en regardant ses photos d’aller sur place.
Par exemple, je ne me dirais pas : « Ah, je voudrais aller voir cette mer, je voudrais visiter ce musée de cire ». Ses photos sont belles, mais pour moi ça n’a aucune importance. Je veux moi donner aux gens l’envie d’aller voir d’eux-mêmes.
Ce n’est pas que l’un soit mieux que l’autre, c’est juste que ce sont deux métiers différents. Je ne veux pas perdre du temps lorsque je prends une photo, et je ne me soucie pas non plus que mon texte soit beau ou non. Par exemple (NDLR : KT nous montre une photo dans son livre Roadside USA) quand on prend une photo dans un endroit comme celui-là on va attendre qu’arrive un beau ciel bleu pour prendre la photo.
Pour un artiste c’est normal et c’est ce qu’il doit faire. Mais pour moi le plus important c’est de faire ce que je peux faire, dans l’instant. Si le temps est nuageux, je veux que ma photo donne cette impression de temps couvert. La différence est là.

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